Mutité-4

Mutité-4

Chaque chèvre n’avait qu’une corne, peinte de couleurs différentes : sang, corail, et or, et des sabots vernis avec lesquels elle marquait la cadence. Face à elles, les bergers balançaient le buste comme des charmeurs de serpents, et soufflaient dans des pifane apparemment taillées dans les cornes manquantes, et de même couleur rouge sang, rouge corail, et or...

Le fruit de ses entrailles - 4

Le fruit de ses entrailles - 4

Sous le regard fixe du père, le curé avait rentré le menton et son regard avait coulé sur le côté, vers la ceinture du père d’où dépassait la crosse d’un pistolet et où, lentement, le père avait porté la main. Tuer un prêtre était un péché grave qui lui vaudrait sans doute d’aller en enfer, mais il ne reculerait pas...

Le fruit de ses entrailles - 3

Le fruit de ses entrailles - 3

Du haut du séchoir à châtaignes où sa mère l’a enfermée, Lucia observe par les claies du plancher la préparation du dîner, juste en dessous, dans la cuisine où crépite le feu allumé au milieu de la pièce. Les yeux piquants de fumée, elle regarde la scène familière, comme si elle la voyait pour la première fois : le trépied planté dans la terre crue du foyer, le chaudron où mijote la soupe, le banc-coffre où s’assiéront les hommes tout à l’heure…

Le fruit de ses entrailles - 2

Le fruit de ses entrailles - 2

La procession avait tourné lentement autour de l’église, les femmes d’abord, derrière le curé, noir troupeau derrière son berger ; puis les hommes, alourdis par le poids de Saint Roch que les quatre premiers portaient sur leurs épaules. La voix forte du prêtre lançait le cantique que les femmes reprenaient en chœur. Le chant sinuait jusqu’aux hommes : de leurs poitrines profondes montait une élégie...

Le fruit de ses entrailles - 1

Le fruit de ses entrailles - 1

Le père a levé sur elle une main calleuse, brune et striée de noir là où dans les plis la terre ne s’en va plus. Il l’a laissée retomber lourdement, comme il fait tout, seller sa mule et la charger, bêcher les pierres et labourer, comme il s’asseoit, saisit et coupe le pain, et comme il marche, obligeant de petites vies tenaces à ployer sous ses semelles cloutées...