RUINES

Vase communicant de février, avec François Bonneau, écrivain et photographe. Il m'a proposé un lot d'images de bâtiments en destruction, j'en ai choisi une. Il a écrit le début d'un texte, j'ai écrit la suite. Travail à deux, tentative de réparation, suture des deux rives d'une plaie...

Le principe des vases communicants ? Deux partenaires qui écrivent l’un chez l’autre, le premier vendredi du mois. Vous pourrez donc lire ce même texte sur le blog de François, et découvrir le reste de ses créations.

La liste de tous les vases communicants de février 2015 est ici, grâce à Angèle Casanova.

Photo François Bonneau.

Une façade, de celles qui détonnent, qui bétonnent,

Qui laissent parfois chuter un gravat dans la soupe, du béton à la tonne,

Qui tombe dans les dents ;

Une façade. Et derrière, des lignes et des cases,

Habitées, jusqu’alors.

Jusqu’à la déchirure de la feuille de ciment,

Jusqu’à la brèche, la béance verticale.

Est-ce que l’on peut lier tous ces débris-vestiges ?

Est-ce que les plaies des ruines pourront se reboucher ?

François Bonneau

 

Des plaies, des ruines,

Et derrière, des myriades de vies éventrées,

Fragmentées,

Expulsées,

Macheferrées.

Dans le noir, au fond

Qu’entend-on ?

Dans l’apocalypse de métal,

La voix pâle du passé,

Terrée sous ses hardes de poussière. Souvenirs en nuées

Des heures en allées. Vies minuscules,

Grands projets.

Désirs sans joie, rêves de lendemains

Jours radieux.

Mornes ou sublimes amours, contentieux.

Tous ces jours s’amalgament, au fond, en noir,

Et opposent leur masse tremblante aux assauts du présent

Arrogant et brutal,

Strident.

La béance au fond est noire,

Et en rouge et cendres, triomphe

Le présent aux dents d’acier.

Dominique Giudicelli