La Vita è bella !

par Federico C.

Juste après le décès tragique de son époux, ma mère retourna à Corteletta où elle me donna naissance, début 1931. Elle me donna aussi le prénom de son défunt mari : Federico. Elle était retournée accoucher chez elle, en Italie, non par sentimentalisme ni patriotisme, mais, plus prosaïquement, pour toucher la prime promise par Mussolini aux enfants mâles nés sur le sol italien. Le Duce avait, en effet, fait du dynamisme démographique la pierre angulaire de son programme. Pour lui, la vitalité d’une nation se mesurait au nombre de ses enfants, et notamment de ses garçons. Le régime fasciste avait d’ailleurs promulgué un impôt sur le célibat dès 1927, et en même temps, accordé des exemptions fiscales aux familles nombreuses. A ce titre, l’émigration était d’ailleurs perçue comme une saignée, une perte de substance vive que le régime essayait d’enrayer en lançant de grands chantiers d’État. Mais il n’était pas prévu que les autoroutes du Duce passent par les vallées piémontaises, qui continuaient de livrer leurs lots de jeunes émigrés.
Tout de suite après ma naissance, ma mère reprit la route en sens inverse, retournant en France pour toucher l’indemnité versée aux veuves présentes sur le territoire français, à laquelle elle ne pouvait s’offrir le luxe de renoncer. Elle retourna donc à Paris, mais seule, après m’avoir confié à mes grands-parents paternels, Giovanni et Maria, auprès de qui je grandis jusqu’à l’âge de deux ans et demi. Peu avant mes trois ans, ma mère revint me chercher et m’emmena à Paris, encore une fois pour toucher une allocation qui nécessitait que je sois physiquement présent sur le sol français. J’étais encore trop petit pour être scolarisé, et elle ne pouvait me garder avec elle toute la journée, car elle travaillait comme domestique dans une famille bourgeoise. Elle m’inscrivit donc à l’école maternelle du quartier.