Trois vies, une voix unique

par Georges P.

En dehors de ces deux jours consacrés aux questions au Gouvernement, les séances de l’Assemblée consistent en la discussion et le vote des lois de la République où chaque député est autorisé à demander la parole au Président de l’Assemblée, et à intervenir. Alors que, pour les questions au Gouvernement et les interventions libres, chacun intervient depuis sa place, les présentations de loi ou de réforme se font à la tribune des orateurs. J’y montai une fois, avec fierté et beaucoup de trac, pour y présenter le rapport sur la réforme de la SNCF. D’autant plus de fierté qu’il n’est pas donné à tous les députés de monter un jour à la tribune, et d’autant plus de trac que j’avais en face de moi, dans la loge d’honneur, M. Gallois, Président du Conseil d’Administration de la SNCF, et dans la loge d’à côté, M. Thibault, Secrétaire Général de la CGT ! Bernard Pons, Ministre des Transports, m’avait désigné comme rapporteur de ce texte, en insistant sur le fait que j’étais, parmi les députés, le plus gradé des anciens agents de la SNCF. Ce n’est pas ma couleur politique qui joua en ma faveur car, quel que soit leur parti, tous les députés sont des représentants de la Nation et peuvent être sollicités pour présenter un projet de loi ou de réforme. Mais évidemment nos liens, tant politiques qu’amicaux, incitèrent Bernard Pons à me choisir et à m’aider. «Tu viendras au Ministère, me dit-il, Mme Idrac, la Secrétaire d’Etat aux Transports t’aidera à préparer ton rapport.» Le but de cette réforme était de scinder la SNCF en deux entités, l’une chargée de l’exploitation technique des matériels, et l’autre de l’exploitation commerciale. Je disposai d’un mois pour rédiger ma présentation, mois pendant lequel je discutai avec Mme Idrac sans qu’elle influence vraiment ma rédaction nourrie de mon expérience de cheminot et de mes propres idées, qui en l’occurrence, n’allaient pas à l’encontre de celles du ministère. Le jour de mon intervention, Bernard Pons avait placé ses amis dans la salle de manière à éviter que je sois chahuté. De toute façon, j’étais tellement concentré que je n’entendais rien de ce qui se passait autour de moi. J’ai su après, en lisant le compte-rendu de séance, que Julien Dray, le député socialiste de l’Essonne m’avait traité de «fayot» ! Une fois ma présentation terminée, j’eus droit aux félicitations publiques du Ministre devant l’hémicycle, ce qui reste évidemment comme un excellent souvenir, et une grande fierté.