Une perle dans les bras du ravenala

par Hinà R.

C’est ainsi que Teva, petite fleur de Tiaré éclose sous l’averse dont elle porte le nom, est arrivé dans notre vie, un jour pluvieux de septembre 1989. J’ai pris sur mon cœur ce petit corps potelé au parfum de monoï, lisse et brun comme un uriri. J’ai observé les détails délicats de ses petits doigts fuselés, de ses petits orteils, de ses minuscules oreilles enroulées comme des coquillages, de ses yeux bridés et de sa bouche en chapeau de gendarme qui hurlait de faim ! Je l’ai pris sur mon cœur et il y est entré, pour ne plus jamais en sortir…
Il hurlait avec vigueur pour me faire comprendre que son ventre vide gargouillait et que c’était insupportable ! A mon tour,  j’ai hurlé qu’on m’apporte de l’eau chaude aux femmes de ménage de l’hôtel qui, elles, hurlaient de rire en m’entendant ! J’ai fait mon premier biberon. Teva a bu goulûment sans me lâcher des yeux. J’ai souri, gazouillé, bêtifié, comme toutes les jeunes mamans. C’était mon fils, il venait de naître, je lui donnais son biberon et peu importait qu’une autre avant moi l’ait porté. Le peau à peau était aussi évident que si Teva venait de sortir de mon ventre. Une même peau, deux couleur ou peut-être une même couleur, celle des métis, qui est la mienne malgré ma blondeur et ma peau pâle. Il dormait dans son couffin, ma main sur son cœur, et son cœur battant dans le mien, pour ne pas rompre le lien. J’étais la plus heureuse des mères, et la plus fière, en regardant mon bébé souriant, calme et heureux de vivre. Calme… tant qu’il avait le ventre plein et les fesses au sec ! Sinon, gare aux oreilles ! C’est ainsi qu’il m’a enseigné à être mère, entre grands sourires et petites colères…
Pendant ce temps, à Los Angeles, Franck suivait le feuilleton jour après jour. Il était papa…. par téléphone ! Je devais compter pour lui chaque petit orteil, chaque petit doigt et cocher une check-list pour lui assurer que tout était comme il fallait, qu’il ne manquait rien à son rejeton ! De jour en jour, je sentais son angoisse diminuer. Il souriait. Nous étions trois enfin, une famille ! Nous n’entendrions plus les commentaires qui nous blessaient tant : “Vous n’aimez pas les enfants c’est pour cela que vous n’en avez pas ! » ou “ Vous verrez quand vous aurez des enfants : finie la liberté ! ” Notre amour en était renforcé. Indubitablement, nous étions en symbiose tous les trois. Les Trois Mousquetaires ! Inséparables, désormais, nous n’irions plus jamais l’un sans les autres.