Vive la vie !

par Françoise H.

Je suis arrivée en 1926, alors que ma mère avait déjà 44 ans et cinq enfants ; je suis arrivée sollicitée par rien, sinon mon propre désir de vivre !
Ma mère a senti un jour quelque chose remuer dans son ventre : c’était moi ! J’ai été merveilleusement accueillie dans une famille où l’on ne m’attendait pas. Mais je n’ai pas été choyée comme une petite dernière, ma sœur avait occupé cette place avant moi, en 1922. Elle avait été désirée comme l’enfant du renouveau, après le retour de mon père de la guerre de 14-18, et d’autant plus choyée par nos aînées qu’elle avait été fort attendue. Malgré ses quatre enfants et ses 39 ans, mon père avait en effet été mobilisé. Grâce à son métier, il avait rapidement été versé dans la section photographique de l’armée de l’air, ce qui lui permit de rentrer sain et sauf de la guerre.
Si je n’ai pas été désirée comme les cinq autres, avec le recul, je dirais que cela m’a laissé le choix d’être absolument moi-même. Je n’ai jamais senti aucun reproche, pas même du fait que j’étais « encore » une fille, la quatrième de la famille ! Je me suis toujours sentie très libre, d’une liberté intérieure permise par le fait que l’on n’attendait rien de moi. Je n’avais pas sur moi la pression qu’on fait peser sur les enfants très choyés et qu’on compense par une attention excessive, les rendant ainsi dépendants de signes d’affection fréquents et répétés. Je me savais aimée, mais je n’accordais pas à ma petite personne plus d’importance que j’en avais dans ma fratrie. Loin d’en souffrir, j’en tirais le confort d’un amour-propre peu chatouilleux, et la liberté d’être moi-même, en toute modestie.